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8 mars 2022, Déclaration de INSP!R

Pour un futur égalitaire grâce à un accès universel à la protection sociale


Sous le slogan : Pour un futur égalitaire grâce à un accès universel à la protection sociale, le réseau international pour le droit à la protection sociale - INSP!R rappelle qu’à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, les femmes méritent un futur égalitaire sans stigmatisation, stéréotypes ou violence ; un avenir durable, pacifique, avec des droits égaux et des opportunités pour toutes et tous.


Au cours de ces deux années, la pandémie de COVID-19 a provoqué une crise mondiale sans précédent dans le monde du travail, reflétant des réductions marquées de l’emploi et de la participation au travail, qui se sont traduites par des augmentations historiques du chômage (125 millions d’emplois perdus, selon les données de l’OIT), affectant le plus les femmes, les jeunes et les travailleur·euse·s informel·le·s. Les effets négatifs ont contribué à l’augmentation des inégalités multiples telles que l’ethnicité, l’âge, le statut socio-économique, le handicap ou la situation géographique, ce qui a eu un impact supplémentaire sur les femmes dans des conditions précaires qui a vu leur risque d'exclusion sociale s’accentuer. Il s’agit d'un recul des droits sociaux dans le monde entier (ONU Femmes).


Le réseau INSP!R, présent en Amérique Latine & Caraïbes, en Asie, en Afrique et en Europe, a plusieurs fois mis en évidence que les femmes occupent des emplois plus précaires, en termes de salaire, mais aussi en termes de conditions de travail, d’instabilité ou de violation des droits, et qu’elles courent plus le risques d’être employées dans le secteur informel. En 2020, seuls 46,9 % de la population mondiale a eu accès à au moins une prestation de protection sociale, et seules 44,9 % des mères de nouveau-nés bénéficiaient d’aide et d’allocation à la maternité. Malgré la plus grande vulnérabilité des femmes à la pauvreté, seules 23 % des mesures de protection sociale et du marché du travail adoptées en réponse au COVID-19 font preuve de sensibilité à la dimension de genre dans le monde. La pression exercée sur les systèmes de santé a entraîné l’interruption des services essentiels, y compris les services de santé maternelle. Il a été estimé que 12 millions de femmes dans 115 pays à revenu faible ou intermédiaire ont rencontré des difficultés à accéder aux services de planification familiale, ce qui a entraîné 1,4 million de grossesses non désirées selon ONU-Femmes 2022.


Malgré la reprise économique dans certaines parties du monde, cette crise sociale se poursuit avec des taux de chômage et des niveaux de pauvreté et d'extrême pauvreté, plus élevés qu’avant le début de la pandémie du COVID-19. La perte d’emploi et la réduction des revenus du travail pendant la pandémie ont particulièrement touché les foyers à faibles revenus ; elle a également mis en évidence la vulnérabilité d’une grande partie de la population à revenus moyens, caractérisés par de faibles niveaux de contributions à la protection sociale contributive et une très faible couverture de la protection sociale non contributive. Le niveau élevé de l’économie informelle a facilité la cessation de relations de travail sans compensation. Par exemple, les travailleuses domestiques se sont retrouvées dans des situations irrégulières dans lesquelles elles étaient exposées à des risques de contagion et contraintes d'effectuer des tâches en dehors de celles convenues. Parmi ces travailleuses, seules 25,5 % étaient couvertes par des cotisations de sécurité sociale ou en payaient. Bien que des progrès aient été réalisés dans certains pays dotés de réglementations régissant le secteur, sur la base de la Convention 189 de l’OIT, 11,2 % d’entre elles vivent dans la pauvreté. En outre, la charge de travail des femmes à la maison s’est intensifiée, les données de 16 pays montrent que les femmes consacrent 31 heures par semaine au travail de soins (ONU-Femmes). Cette augmentation des responsabilités domestiques, résultat du confinement dû à la crise, a soulevé le risque d’un « retour au conventionnel » en ce qui concerne l’attribution genrée des rôles.


En outre, les rapports de violence à l’égard des femmes et les féminicides ont augmenté dans de nombreuses régions du monde. Avant même la pandémie, on estimait que 245 millions de femmes âgées de 15 ans et plus, avaient subi des violences domestiques, physiques, sexuelles et sur le lieu de travail. Dans ce contexte, le réseau INSP!R et ses partenaires demandent :


- Les politiques publiques doivent se concentrer sur la situation réelle des femmes dans tous les domaines et mettre fin aux dynamiques d’exclusion sociale. Si nous n’élargissons pas notre vision, si nous n’intégrons pas l’approche de genre dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale à un moment aussi important qu’aujourd'hui, nous perpétuerons et renforcerons l’inégalité de notre système. Et au lieu d'avancer, nous reculerons. La crise actuelle ne peut qu’être une opportunité pour transformer notre système global de soins et pour garantir un réel accès aux systèmes de protection sociale sensible au genre.


- Les administrations publiques, les responsables politiques, les acteurs économiques et sociaux et la société dans son ensemble devraient promouvoir et mettre en œuvre des plans de réponse à la crise sanitaire, sociale et économique actuelle qui tiennent compte de l'impact de la pandémie sur les femmes. Ces plans devraient promouvoir l’éducation à l’égalité dans le but d’éradiquer la transmission intergénérationnelle de l’inégalité entre les sexes sur laquelle repose notre système actuel.


- Les États devraient orienter les processus de développement de manière à garantir le plein exercice de tous les droits humains, dont le droit à la protection sociale et au travail pour toutes les femmes. Cela implique d’aborder les questions suivantes :

a. L’indivisibilité des droits des femmes, y compris des droits sexuels et reproductifs ainsi que les droits économiques, sociaux et culturels ;


b. L’importance de démanteler l’organisation sociale injuste des soins, les modèles culturels patriarcaux et les préjugés centrés sur les hommes dans les systèmes économiques, sociaux et culturels ;


c. La promotion de l’adoption et la mise en œuvre de lois, politiques, de plans d’action globaux et multisectoriels, de normes internationales telles que les Conventions 189 et 190 de l’OIT, afin de prévenir, de traiter, de punir et d’éradiquer les différentes formes de violences sexistes et de discriminations à l’égard des femmes.


Le réseau INSP!R reconnaît qu’il ne peut pas y avoir de progrès et d’égalité sans l’égalité des droits et la pleine participation des femmes. Il ne peut y avoir d’égalité des genres sans la jouissance par les femmes de leurs droits humains, de leurs droits du travail et du droit fondamental à la protection sociale, essentiels pour leur autonomisation et un futur égalitaire

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